« Touchée… Coulée! »

« A combien estimez-vous votre vie actuelle? »

Le SMS est arrivé en pleine nuit. Il est tombé. Sans appel.

Deux jours que mon sac , ma caverne, mon plus fidèle confident a disparu.

Oublié, volé, arraché à moi, je ne sais même pas comment… Je me suis réveillée à la fin d’une soirée ratée, fortement alcoolisée … Je me rappelle les bras de Vincent lorsqu’il m’a ramenée chez nous, la tête de la babysitter, mon lit, notre lit, puis plus rien, jusqu’au moment où je me suis rendue compte de sa disparition.

Mon précieux… Mon sac, je glisse toute ma vie dedans… Mais où est-il passé?

Deux jours, à faire l’état des lieux, à sursauter à chaque souvenir dérobé. Mes clés (serrures changées), mes papiers (démarches réglées), et surtout, surtout, ma mine d’or, mon mini moi, mon téléphone, quoi! J’ai couru chez l’opérateur pour faire opposition et récupérer mon numéro sur un nouveau mobile. Inutile d’attendre, je ne peux pas rester sans téléphone.

« N’oubliez pas, aujourd’hui, Alexia a 38 ans. »

Merde. J’ai zappé facebook Je suis en train de me faire pirater mon compte. L’enfoiré qui a volé mon sac est en train de se glisser dans mes applications, dans mes fichiers, dans les limbes de ma vie privée… Tout est là, à portée de doigt.

« Quel ami inestimable ce Fabrice! Combien pour récupérer vos confidences? »

Trois messages déjà depuis cette nuit, et je me liquéfie avec les heures… Je ne réponds pas, je suis là, pétrifiée, en alerte. Je vérifie mon portable toutes les minutes, pire que lorsque j’attends des messages de Mateo.

« Jusqu’à combien êtes-vous prête à donner pour sauver votre double vie? »

Touchée… Coulée!

« Quand on se paie une ruine de 400 mille euros, on peut partager un peu de son bonheur (en liquide! )»

C’est grotesque.

Moi:

« Bonjour, apparemment, vous avez des affaires qui m’appartiennent. Merci, de cesser de jouer avec et de me les renvoyer à l’adresse que vous avez dû, évidemment, découvrir. »

Lui:

« Evidemment! Bonjour à vous, quel plaisir d’échanger, je finissais par m’impatienter. »

Moi:

« Puis-je espérer récupérer mes affaires? »

Lui:

« Puis-je savoir la valeur que vous leur accordez? »

Lui:

« Je n’ai pas envie d’être vulgaire. Ni d’être menaçant. »

Moi:

« C’est pourtant le cas. Vous savez ce que représente ce que vous avez dans les mains, vous vous en délectez et espérez en tirer profit, bravo! »

Lui:

« Pas très honnête, en effet. Que pense Vincent de Mateo? Honnêtement. »

Lui:

« C’est bien ce qu’il me semblait… »

Lui:

« Alors, pour être clair, je vais vous demander tout simplement de venir me voir cet après midi au Café des Arts, à 15 heures, avec dans la poche, le prix de mon silence. »

Moi:

« Je ne peux pas, j’ai deux enfants. »

Lui:

« Et? Vous ne pourrez plus leur payer d’études? Votre double vie vaut donc si cher… »

Lui:

« Je plaisante. »

Moi:

« Je ne peux pas venir cet après midi, je n’amènerai pas mes enfants à ce rendez-vous. »

Lui:

« 18 h? »

Moi:

« 19h. »

Lui:

« Entendu. Je vous reconnaîtrai. Quelle galerie ce facebook… Quel esprit de partage! Vous m’accepterez comme ami? Nous sommes maintenant un peu plus proches que deux inconnus, non? »

 

Je sens mon corps se tordre de douleur. Vomir. Expulser toute cette angoisse. Merde. J’ai affaire à un maître chanteur et je suis là, toute seule, comme une conne. Je ne peux prévenir ni l’un ni l’autre. Léa? Anne? ça fait un moment que je leur ai dit que Mateo était sorti de ma vie. Elles ne comprendraient pas. Elles ne comprendraient pas pourquoi il était de nouveau là, dans mon téléphone, dans mes rêves, dans ma vie en parallèle. Pourquoi je décidais de continuer cette histoire cyclique qui durait depuis déjà 20 ans. C’est ma parenthèse enchantée. Ma double vie, comme dit mon corbeau.

Soudain, je pense à Vincent en déplacement… Et si c’était Lui? Si il avait profité de mon ivresse pour fouiller mes affaires, violer mon intimité? Ce ne serait pas la première fois! Déjà, il y a 8 ans, il avait forcé ma messagerie. Il était tombé sur des mails de Mateo. Il allait se marier, il était heureux, troublé de m’avoir revue à Paris. Sauf que je n’étais pas censée l’avoir vu à Paris. Ça avait été un peu dur de se rattraper, de s’excuser, d’expliquer à Vincent que je n’avais pas voulu l’inquiéter en lui disant que j’allais profiter de ce petit voyage d’affaire pour passer la soirée avec mon ex. Très dur.

Mais Vincent et moi, nous avions été plus forts que tout ça, plus forts que la trahison, plus solides que le passé. C’est mon homme, mon frère, le père que j’ai choisi pour mes enfants.

Pourtant, aujourd’hui, si il est le corbeau, je risque de perdre beaucoup. Plus que tous les petits billets que je suis en train de traquer partout dans la maison. Je rassemble 150 euros et j’en retirerai encore 50 en ville. Bon sang, on se croirait dans un film!

18 heures. Je pose les filles chez ma mère, je suis censée aller au ciné avec des amies. Juste « un petit truc » à régler avant.

18 heures 30. Je vais péter les plombs. Je suis sure que c’est Vincent. Je le sens, il va me faire la misère. Il doit rager, il a décidé de me faire payer. Il va me larguer, et je l’aurai bien cherché… Je pense à ma petite famille, mon confort, mes certitudes, mes rêves. Je vais tout perdre.

19 heures. Je m’installe, je n’ai même pas envie de trainer pour arriver après Lui. En fait, je suis en colère. Si Vincent a fouillé de nouveau dans mes affaires, c’est moi qui vais l’attaquer! C’est mon jardin secret, chacun a droit à une part d’ombre. Il a recommencé à traquer la mienne et ça ne me plaît pas.

19 heures 15. Toujours rien. Je me sens épiée, j’ai honte, je bouillonne, j’ai peur, je hurle à l’intérieur!

19 h 16

Lui:

« Ainsi tu serais prête à payer pour continuer à me cacher. Tu ne m’aimes pas. Je te déteste.

M. »

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